vendredi 24 octobre 2014

Lu dans le Canard...



- De bons camarades 
Aubry, qui ne veut pas être elle-même, candidate, est tellement motivée par les régionales dans le Nord-Pas-de-Calais qu'elle explique avoir "chargé" le gouvernement pour faciliter la tâche de son poulain, son premier adjoint à la mairie de Lille, Pierre de Saintignon :
" On ne pourra pas faire une campagne calquée sur la politique du gouvernement, dit-elle. Chez nous, ce sera plus facile de mener campagne avec un Parti Communiste qui, comme l'a écrit l'Huma, approuve mes critiques contre le le gouvernement, que sans le Parti communiste".
Comme quoi le PC a plus d'influence qu'il ne le croit lui-même.
AA : Cela fait 2 mandats que le PC fait partie de la majorité de gauche au Conseil régional, mais qu'il ne participe pas à l’exécutif, parce qu'il n'est pas d'accord avec la politique de la majorité régionale. De ce fait, il s'abstient lors des votes sur le budget. Même si Martine est gentille avec le gouvernement, je parie que le PC s'associera quand même avec la majorité de gauche. On sait bien pourquoi... 
Mauvaise excuse donc de la maire de Lille quand elle affirme "charger" le gouvernement pour faire plaisir au PC...

- Triple objectif
Comme pour répondre par anticipation, à François Hollande, un proche de Martine Aubry expliquait, la semaine dernière, que celle-ci poursuivait un triple objectif :
"Elle ne veut pas d'une candidature Valls à la présidentielle si Hollande ne veut ou ne peut pas l'être. Elle veut disposer d'une majorité dans les instances du PS après le congrès. Et elle veut imposer la candidature de son premier adjoint, Pierre de Saintignon, aux élections régionales chez elle. "
Pour les initiés : face au très hollandiste Frédéric Cuvillier.
Comme quoi Martine ne perd jamais le Nord.
AA : ce ne sera pas facile pour PDS, déjà barré, en 2010, par Percheron qui s'était représenté, malgré ses déclarations antérieures, pour empêcher l'homme de Martine Aubry de prendre la région. Alors que F. Cuvillier était encore ministre, Perch avait souhaité que le président du Conseil général du Nord, Patrick Kanner, lui succède. Mais ce dernier est devenu Ministre, à son tour ! Alors, on pense que le hollandiste maire de Boulogne (ville où habite D. Percheron), F. Cuvillier sera l'homme de DP. A moins que Percheron ne se représente pour démissionner en 2017 quand la loi sur le non-cumul des mandats l'obligera à choisir entre l'exécutif du CR et le mandat de sénateur : il laisserait alors la place au maire de Boulogne... Les militants socialistes accepteront-ils ce tour de passe-passe ? Pas sûr, car Saintigon est bien vu parmi les adhérents du parti, dans le 59 et le 62, et puis, Martine A a des arguments... surtout si la Picardie rejoint le NPDC !

- Entrepreneur, mais fonctionnaire
Il s'appelle Antoine Mellies, et c'est l'une des jeunes stars montantes du FN. Samedi dernier, ce juriste, ancien dirigeant du FNJ (Front national de la jeunesse), était aux premières loges aux côtés de Marine Le Pen et de Florian Philippot pour le lancement du collectif Audace. Un groupe d'entrepreneurs qui s'affichent ouvertement "marino-compatibles".
La patronne a saisi l'occasion pour se lancer dans une ode aux créateurs d'entreprise, avant de conclure : "Aux armes économiques, jeunes entrepreneurs de France !"
Précision : Mellies est, par ailleurs, l'assistant parlementaire de Steeve Briois, le maire de Hénin-Beaumont. Il bénéficie donc pour 5 ans d'un contrat de droit européen et d'un statut de fonctionnaire européen, avec une fiscalité bien douce.
En voilà un sacré entrepreneur !
AA : au FN, on sait utiliser les compétences ! Un fonctionnaire pour motiver les entrepreneurs... Cet assistant parlementaire ne doit pas être souvent présent à Bruxelles, comme ne l'était pas Louis Aliot, compagnon de MLP et qui était également assistant parlementaire de sa patronne à Bruxelles, tout en étant conseiller régional, conseiller municipal d'opposition à Perpignan, vice-président du FN... Aujourd'hui, Louis Aliot a pris du galon, puisqu'il est devenu également député européen ! Il exercerait toujours sa profession d'avocat... Comme quoi, pas besoin d'être entrepreneur, pour gagner sa vie... Ni d'être contre l'Europe, quand celle-ci vous nourrit si bien !

jeudi 23 octobre 2014

Malgré les idées réactionnaires, la France peut encore s'en sortir : précisions.

A la suite de mon post de mardi 21 octobre "Malgré les idées réactionnaires, la France peut encore s'en sortir", un commentaire intéressant m'a semblé digne d'une réponse développée.

Le commentaire :


Anonyme21 octobre 2014 19:29
Je ne pense pas qu'on puisse tout mettre au même niveau : FN, Zemmour, Soral etc... C'est un rapprochement hâtif et qui n'est pas opératoire. On fait des distinctions chez des personnes qui sont ensemble : au PS , entre FH, Aubry, Hamon, Montebourg Filoche etc... Ce n'est pas pour, ici, avec des gens qui ne sont pas ensemble , tout mélanger. Pour réfléchir, il faut distinguer.
Tout votre article repose sur une thèse il y a : "des périodes où crises économique et politique ont pointé du doigt les boucs-émissaires et favorisé les pulsions réactionnaires des Français". Bon, un jour il faudra m'expliquer pourquoi le réactionnaire relèverait de pulsion, et le progressiste, lui, relèverait de la raison. C'est tellement arbitraire que je pourrais vous paraphraser et dire : . Haro sur les progressistes qui n'ont comme miroir que l'avenir, et qui veulent que tout change, dans un monde en mouvement !
Bref, c'est une parenthèse, qui méritait d'être souligné. L'essentiel de votre phrase, est que vous déduisez la "crise" morale, politique, culturelle etc... de la crise économique. C'est une idée, une proposition. Je ne sais pas, c'est possible. Mais il convient de sortir le nez de 1929-1945 et voir que le racisme , la réaction, les forces anti-républicaines, peuvent ne pas être relatives à une crise économique. C'est sans doute un facteur, un élément, mais je ne pense pas qu'on puisse résumez le problème à celui-là seul.
Quand 70% des Français pensent qu'il y trop d'étrangers en France (IPSOS 2013) , je crois que ça veut dire qu'il faudrait limiter l'immigration. Et que ce sujet se pourra pas être dissout dans vos propositions intéressantes et intelligentes ( économie, institutions, Europe etc.. ).

Ma réponse : 

1) On ne peut pas "tout mettre au même niveau : FN, Zemmour, Soral etc... " J'ajoute Dieudonné. 
Je pense que tous prônent la haine et sont fort proches les uns des autres :
- Pour le FN, la haine concerne plus particulièrement les Musulmans et les Arabes en général. Les métèques, disait-on à une autre époque. Pour se banaliser, le FN tente une opération séduction auprès des Juifs. Ainsi, Marion (dite Marine) Le Pen avait critiqué l'allusion antisémite de son père concernant Patrick Bruel ("la fournée"...). De même, a-t-elle contredit le même paternel quand celui-ci a applaudi Zemmour qui avait excusé la responsabilité de Pétain dans le sort réservé aux Juifs pendant la guerre... Nul besoin de rappeler que les créateurs du FN étaient des Vichyssois et des membres de l'OAS dont les sentiments envers les Algériens autochtones n'étaient pas spécialement amicaux... Alors, c'est vrai que le FN, depuis quelque temps, ouvrent les bras, plus ou moins largement, non seulement aux Juifs, mais aussi aux homosexuels et aux francs-maçons, dans un souci non équivoque de normalisation.
- Soral et Dieudonné sont clairement antisémites. Devant le revirement du FN, ils viennent de créer un parti politique antisémite (comme cela existait de la fin du XIX ème siècle jusqu'à 1945). Alain Soral était proche de M. Le Pen, même s'il a quitté le FN depuis quelque temps.
- Eric Zemmour, lui, est islamophobe, homophobe et anti-féministe. Concernant cette dernière caractéristique, Georges Marc Benhamou a déclaré que quand Zemmour dit que le cerveau des femmes est plus petit que celui des hommes, "il y croit sincèrement". Rappelons que EZ vient de rendre visite à son ami Robert Ménard, élu à Béziers avec le soutien du FN (par l'intermédiaire du Rassemblement Bleu Marine).
 Que dire de plus sinon que ces hommes sont complémentaires dans leur haine des autres et je n'ai aucun scrupule à les mettre dans le même sac...

2) "Pourquoi le réactionnaire relèverait de pulsion, et le progressiste, lui, relèverait de la raison ?" Depuis la révolution française, on oppose les réactionnaires, les partisans de l'ordre établi, aux progressistes qui veulent aller de l'avant et croient plus aux vertus de la Raison qu'à celles des Religions. Sans aller plus avant dans ce débat qui date de plus de 2 siècles, je qualifie de réactionnaire, voire de conservateur, ceux qui ne souhaitent pas remettre en cause ce qui existe et les exemples sont multiples (je ne reviens pas sur le fait que le retour à la monarchie était une idée "réac") : le mariage ne doit exister qu'entre un homme et une femme, l'homosexualité est une maladie, mai 68 déclencha la décadence, la France est chrétienne, le créationnisme est la seule vérité, etc. Face à cette tendance au repli sur soi-même ou sur ce qui met en péril ses propres fondements, ceux qui se disent progressistes veulent balayer les préjugés des religions, font confiance à la science et surtout pensent que l'homme est un individu libre et responsable et qu'il n'a pas besoin de se référer à des dogmes. Bien sûr cette opposition n'est pas aussi nette qu'il y paraît : ainsi les partisans des OGM sont-ils des réactionnaires ou des progressistes ? et quid des opposants aux OGM : sont-ils des obscurantistes ? 
Il n'en reste pas moins vrai que que l'on retrouve au FN, chez Soral and Co, les mêmes pulsions réactionnaires : le christianisme ne peut être entaché par d'autres religions (attention au "grand remplacement " de Renaud Camus), on ne peut aller contre l'ordre naturel (malgré la tentative d'inflexion de MLP), la France historique ne doit pas se dissoudre dans un espace plus large, qu'il soit européen ou mondial, etc. Et c'est vrai que toutes ces idées ont comme terreau la religion catholique. Les progressistes considèrent qu'il n'y a pas qu'une Vérité et que la Raison peut aider à y voir plus clair que le dogme...
Voilà pourquoi, une fois de plus, j'amalgame le FN, Zemmour, Soral, Zemmour (et bien d'autres)...

3) "vous déduisez la "crise" morale, politique, culturelle etc... de la crise économique". 

Certes, "le racisme, la réaction, les forces anti-républicaines, peuvent ne pas être relatives à une crise économique" mais ils sont exacerbés lors de ces crises. Vous remarquerez, d'ailleurs, qu'en cas de grave crise économique et financière, les dérives réactionnaires prospèrent (années 30 et depuis 2008) alors que dans les périodes euphoriques, ce sont les révolutions (1830,1848, 1968 en France) qui fleurissent. En effet, quand rien ne va, le peuple ne croit plus dans les hommes politiques, rejettent leurs malheurs sur des boucs-émissaires et sont prêts à tomber dans les bras des populistes démagogues que l'on connaît trop bien... Quand tout va bien, on veut profiter des retombées des richesses produites. 
Le FN et autres Soral, Dieudonné et consorts surfent sur la crise actuelle... Il faut sortir le plus rapidement possible de l'échec des politiques économiques, sociales et environnementales, avant que les idées de l'extrême-droite ne triomphent car on en connait les conséquences. Le problème c'est que, à partir des années 30, on est sorti de la crise grâce aux préparatifs de guerre, puis à la reconstruction et, enfin, à l'exploitation du pétrole. Aujourd'hui, seule une nouvelle économie, dont les bases ne seraient plus l'exploitation des matières premières et la recherche effrénée du profit, pourrait annihiler la marche en avant de ceux qui veulent nous imposer leurs valeurs rétrogrades...

mercredi 22 octobre 2014

A Hénin-Beaumont...

- On annonce la démission dans l'opposition municipale héninoise de Marcel Germe, adjoint à la sécurité dans la précédente équipe majoritaire et qui voulait relancer le PS à Hénin-Beaumont. Sur la liste des dernières municipales, Madame Christine Delahaye, ancienne adjointe d'Eugène Binaisse, était en tête de ceux qui pouvaient entrer au conseil municipal en cas de démission d'un des membres de l'équipe Binaisse. Croyez-le ou pas, non seulement M. Germe a démissionné, mais l'ancienne adjointe l'a également fait et presqu'en même temps. Evidemment, cela n'est pas un hasard... Il fallait laisser la place au Carvinois, ex-collaborateur de P. Kemel, ex-secrétaire de la section socialiste carvinoise et présentement secrétaire de la section socialiste héninoise, Stéphane Filipovitch. Tout cela est bien programmé par le PS 62, puisque le néo-Héninois est devenu récemment secrétaire fédéral "en charge de la riposte et de la lutte contre le populisme", ou tout simplement dit "en charge de la lutte contre le FN". C'est un peu tard quand même alors que j'avais réclamé cette coordination pour les cantonales de 2011 ! Bref, il fallait placer notre homme en visibilité et c'est maintenant fait ! Cela ne sera pas simple pour lui car, d'une part, il faut reconstruire la section socialiste à HB, après toutes les erreurs commises ces dernières années, et, d'autre part, il lui faudra faire preuve de visibilité dans le paysage politique héninois... Dure tâche !

- Titre de L'Equipe.fr de dimanche 19/10

ESCRIMEL'or pour Cadot en fleuretJérémy Cadot a remporté l'or en fleuret dimanche à la Fencing World Cup, premier d'une série de huit tournois appartenant à la Coupe du monde d'escrime. À San Francisco, dans le Kezar Pavilion, le Lensois de 27 ans s'est imposé après deux jours de compétition, en dominant l'Italien Andrea Baldini, champion olympique par équipe de la discipline et 4e en individuel en 2012, en finale (15-13). Éliminé par Cadot, Enzo Lefort a terminé 9e de l'épreuve. Si Jérémy Cadot est bien né à Lens, il tire depuis l'âge de 5 ans au CEHB (Cercle d'Escrime d'Hénin-Beaumont). Depuis son plus jeune âge, il est entraîné par le maître d'armes, Fabrice Vanhems, il n'a fait défaut à Hénin que pendant 2 ou 3 ans, quand suite au désastre dalongevillien (restrictions budgétaires), il s'est réfugié au Racing-Club de France. Vice-champion du monde junior en 2009, Jérémy, après cette victoire à San-Francisco, devient le grand favori pour conquérir la médaille d'or aux Jeux Olympiques de Rio, en 2016. Auparavant, il pourra démontrer toute sa classe lors des championnats du monde qui auront lieu en Russie en 2015. L'escrime héninoise inscrit ainsi une nouvelle ligne à son exceptionnel palmarès. Dommage que l'on ait dû abandonner l'épée pour des raisons financières, mais nul doute que le fleuret apportera encore bien des succès. Merci aux dirigeants du Cercle et à Fabrice Vanheems, bien connu des Héninois...- A remarquer que le "grand quotidien régional" a consacré un article deux fois plus long au nouveau conseiller municipal héninois qu'à l'exploit du fleurétiste... Il faut dire que nous avons été gâtés, ce mardi, avec ces 2 articles consacrés à HB, alors que, ces derniers temps, il était rare de trouver des informations sur la ville. Et même lundi, sauf erreur de ma part, rien sur la ville-centre de la CAHC ! Nouvelle confirmation de la perte d'influence de la commune au sein de l'intercommunalité. Il faut dire qu'a quinze années catastrophiques succède une mandature FN qui pourrait précipiter Hénin au fin fond de la vallée de l'oubli... Une chose est sûre : il n'y aura pas de rues Dalongeville, Binaisse ou Briois à Hénin-Beaumont, dans l'avenir, même lointain...- A part les mardi et vendredi matin, jours de marché, la ville est déserte. On peut se garer où l'on veut et laisser sa voiture garée toute la journée, sans risque de se voir verbalisé. Et dire que le FN voulait faire du Cèdre bleu un parking... C'est, d'ailleurs, sur un parking que j'ai rencontré, lundi, une de nos charmantes concitoyennes : elle me raconta avoir croisé l'ancien maire, Eugène Binaisse, qui lui fit part de son souhait de rassembler avec lui tous les opposants au FN pour reconquérir la ville en 2020. Il a tellement pris goût à la politique, malgré le désastre de mars dernier, qu'il est prêt à remettre ça à 80 ans ! Pauvre Hénin-Beaumont !




mardi 21 octobre 2014

Malgré les idées réactionnaires, la France peut s'en sortir !

Pour paraphraser Shakespeare (Hamlet), je dirais qu'"il y a quelque chose de pourri au royaume du Danemark" et, en l'occurrence, il s'agit, ici, dans ce propos, de la France républicaine.
Crise économique européenne aidant, la France, pas plus mal lotie, mais certainement pas mieux placée, avance comme un bateau ivre, ballottée au gré des vents. Les vents, ce sont les solutions décidées par les gouvernants (d'hier et d'aujourd'hui): on augmente les dépenses publiques tout en diminuant la fiscalité, souvent celle des plus riches (version Sarko), au prix d'un endettement record, ou on tente de juguler les mêmes dépenses publiques en augmentant les impôts dans un premier temps, puis en les diminuant, dans un second temps, tout en favorisant les entreprises (version Hollande). 
Rien ne marche... A force de promettre (FH) et de faire des moulinets (NS), à force de découvrir comment des élus de la République ont voulu profiter de leurs privilèges, la classe politique s'est déconsidérée et reviennent les sirènes du national-populisme (FN, Zemmour, Dieudonné, Soral) surfant sur les crêtes du "tous pourris", du racisme et de l'antisémitisme. On connait, dans l'Histoire, des périodes où crises économique et politique ont pointé du doigt les boucs-émissaires et favorisé les pulsions réactionnaires des Français : aujourd’hui, Musulmans (Arabes, en général), Juifs, homosexuels, féministes... sont honnis et pas seulement dans les "Manifs pour tous" (Le Printemps français, Véritas... et également la présence de groupes d'extrême-droite), mais sur Internet surtout, où l'on peut (presque) tout dire. 
Dans cette atmosphère irrespirable, les Politiques ont tout fait pour exciter un peu plus les bas instincts. Rappelons-nous N. Sarkozy flirtant avec les thèses sécuritaires du FN. Aujourd'hui, F Hollande et son gouvernement cèdent devant les jacqueries bretonnes, les menaces des routiers, des professions réglementées... Comment faire avancer la France dès qu'à la moindre esquisse de réforme, les corporatismes font reculer les autorités ?
Je ne suis pas un spécialiste de ces questions économiques, sociales, sociétales et environnementales (quoique...) mais je sais qu'il y a certaines questions que l'on ne pourra éviter :
- comment réduire le chômage ? Et tous en chœur de répondre : par la croissance ! Combien de temps faudra-t-il pour que l'on se rende à l'évidence : le mythe d'une croissance perpétuelle et mondiale est erronée. On peut créer du travail mais sans référence à l'augmentation du PIB. Nous en avons déjà parlé ici, et nous y reviendrons...  
-  comment bouleverser le fonctionnement de nos institutions ? On le sait pourtant bien que la limitation du cumul horizontal et vertical des mandats est la solution pour changer les mœurs. Normalement, il est prévu que nos parlementaires se fassent hara-kiri en 2017, mais la droite a déjà prévenu que, revenue au pouvoir, elle abrogerait la loi, pourtant a minima, sur le cumul. D'autres réformes, et on le sait également, passent par la remise à plat du mille-feuille institutionnel. C'est prévu en 2015, mais je doute encore que le gouvernement aille jusqu'au bout et cède aux pressions des élus...
Il convient également de revoir le rôle de la dyarchie à la tête de l'Etat et le fonctionnement du Parlement. Pour ce dernier, il faut se poser la question de l'utilité du Sénat...
- comment mettre fin aux injustices sociales grandissantes ? On sait également qu'il faut une réforme de la fiscalité pour redistribuer plus justement. C'est vrai que les contributions de chacun doivent être clarifiées : chacun doit s'acquitter de l'impôt sur le revenu, en fonction de ses revenus quels qu'en soit l'origine. Ce n'est pas facile à mettre en place, et on l'a vu avec la réforme envisagée sur les allocations familiales qui soulève, une nouvelle fois, le problème du conservatisme social dont les syndicats sont souvent parties prenantes...
- comment l'Europe peut-elle aider à sortir de ce marasme ambiant ? Une gigantesque politique de grands travaux et une mise en cohérence des politiques fiscales paraissent des évidences. Parallèlement, il faut plus d'Europe pour asseoir sa crédibilité : une politique industrielle commune, une politique étrangère commune réelle, une défense commune, sont le minimum pour que le citoyen européen ressente cette volonté commune de réaffirmer la place éminente de l'Europe... La mise en commun des politiques nationales doit fortifier l'Europe. Cette dernière est trop frileuse pour l'instant... alors qu'elle est riche de sa diversité et de sa culture... Mais, encore une fois, les "déclinologues" n'ont pas compris que l'Europe devrait nous apporter des solutions bénéfiques.

Nous sommes placés devant notre destin et plutôt que d'écouter ceux qui ne pensent qu'à rétablir l'ordre ancien, en fustigeant le changement de mai 68 et en niant que nous sommes dans un monde ouvert, progressiste et laïque, pénétrons-nous de la diversité humaine et de sa propension à évoluer... Certes, il y a beaucoup à faire, un long chemin à parcourir pour construire un monde fraternel et solidaire. Haro sur les réactionnaires qui n'ont comme miroir que le passé, et qui veulent que rien ne change, dans un monde figé !

Le Monde : La politique à bout de souffle (5/6)



18 octobre 2014

Le coût des autres

Une rupture s'est produite : le soutien à l'Etat-providence vacille. Beaucoup de Français, souffrant d'un sentiment d'injustice, ne consentent plus à l'effort de solidarité envers les plus faibles




A deux reprises, Nadine N'guessan, 43 ans, s'est fait aborder, sans raison, par des inconnus qui voulaient savoir de quoi elle vivait : " La première fois, c'était à un arrêt de bus. Un monsieur m'a demandé si je travaillais. Avant de lâcher qu'on prenait trop d'argent pour financer le RSA." La fois suivante, c'était dans l'autobus. "J'étais alors en CDD, et une femme m'a dit qu'elle espérait que ça allait continuer. Une autre a alors lancé : “De toute façon, si elle arrête de travailler, elle aura le RSA. Pour vous les étrangers, c'est plus facile” ", raconte cette Ivoirienne, qui vit aujourd'hui à Vannes. Sans travail depuis la fin d'une mission en CDD, en  2013, elle est encore sidérée par ces remarques.
Dans les locaux de l'association Solidarités nouvelles face au chômage (SNC), à Vannes, où une dizaine de bénévoles accompagnent Nadine N'guessan et d'autres demandeurs d'emploi en difficulté, son témoignage étonne a peine. " Depuis deux ou trois ans, on entend des propos de plus en plus durs ", rapporte Bernadette Herviaux, 66  ans, retraitée de la fonction publique. Elle le constate au sein même de sa famille ou avec des amis : " Pendant les repas, on me demande pourquoi je consacre autant de temps à aider les chômeurs. "
Cette moindre empathie à l'égard des laissés-pour-compte, on ne l'observe pas qu'à Vannes. " Lorsque le marché du travail se dégradait, l'opinion était traditionnellement plus compatissante envers les demandeurs d'emploi. Mais une rupture s'est produite depuis 2008 ", assure Régis Bigot, chercheur au Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie (Crédoc), qui a publié en septembre une étude intitulée " Le soutien à l'Etat-providence vacille ". La part des personnes interrogées qui pensent que, "s'ils le voulaient vraiment, les chômeurs pourraient retrouver un travail", est passée de 57  % à 64  % entre 2009 et 2014, retrouvant son niveau d'avant-crise. "Une partie des classes moyennes fait face à des contraintes financières de plus en plus lourdes, notamment en raison de la hausse du prix du logement, et reste très peu aidée. Un sentiment d'injustice se développe sur le long terme", estime M.  Bigot. Au point que l'Etat-providence, au cœur de notre pacte républicain, serait de plus en plus contesté.

"Bouc émissaire"

Nous observons un recul des valeurs de solidarité et du consentement au coût de la solidarité, déplore Florent Gueguen, directeur général de la Fédération nationale des associations d'accueil et de réinsertion sociale. L'idée selon laquelle si un pauvre est pauvre, ce n'est pas forcément de sa faute, est de moins en moins acceptée." Le discours de l'exécutif, qui s'est recentré sur la défense des classes moyennes depuis la nomination de Manuel Valls à Matignon, contribue à entretenir cet état d'esprit, aux yeux de M. Gueguen. " Nos gouvernements, aujourd'hui, sont moins prêts à croire dans l'Etat-providence, à le défendre,juge Michel Chauvière, sociologue. Ils sont obnubilés par le paradigme économique, la nécessité de réduire les dépenses. Nous subissons les effets durables d'un abandon politique de ces questions."
Si des doutes émergent sur la légitimité de nos institutions sociales, il faut remonter plus de trente ans en arrière pour comprendre ce malaise. Ancien député UMP des Yvelines et président du Conseil national des politiques de lutte contre l'exclusion sociale, Etienne Pinte met en avant la combinaison de trois phénomènes, enclenchés à partir de la fin des années 1970 : la montée du chômage de masse, la politique de regroupement familial, qui s'est traduite par l'installation sur notre territoire d'étrangers que l'on n'a pas suffisamment accompagnés, le" délitement "des familles, avec notamment la hausse du nombre de familles monoparentales. "Face à ces problèmes,décrypte M. Pinte, certains de nos concitoyens qui souffrent essaient de trouver la cause de leur souffrance en rejetant la faute sur l'autre, en recherchant un bouc émissaire. Les responsables politiques, de droite comme de gauche, n'ont pas pris la mesure de ces évolutions. Il y a eu un manque de discernement stupéfiant. L'on se réveille au pied du mur."
Et la défiance s'exprime à l'égard des plus vulnérables. L'association Aurore, qui les soutient, est bien placée pour en parler. Elle doit parfois parlementer avec des municipalités qui se cabrent lorsqu'il est question d'implanter un foyer ou une résidence sociale sur leur territoire. Ce type d'accrochage vient de se produire avec la mairie d'Eaubonne (Val-d'Oise). Dans cette commune de la banlieue nord de Paris, Aurore envisageait d'ouvrir un centre d'hébergement. Le projet, approuvé par la précédente équipe municipale socialiste, était "préfinancé" : " Il n'y avait plus qu'à construire ", relate Eric Pliez, le directeur général de l'association. Elu en mars, le maire, Grégoire Dublineau (UMP), ne veut pas de cette opération envisagée à quelques pas d'une grande gare RER. Parce qu'elle aurait drainé vers la ville des populations indésirables ? Pas du tout, répond-il. Compte tenu de l'offre de transports en commun, il vaut mieux, selon l'édile, mettre en chantier des logements étudiants. "Ça correspond à une demande, dit-il. Les maires ont des choix compliqués à faire avec diverses catégories de la population qui ont toutes des attentes."
Y aurait-il à l'égard des déshérités une flambée du syndrome Nimby (acronyme de Not in My Backyard, " pas dans mon arrière-cour ") ? "Je n'ai pas le sentiment que ce soit plus fréquent qu'auparavant, tempère Eric Pliez. L'ouverture de petites unités est souvent mieux vécue aujourd'hui, y compris dans les communes riches de l'Ouest parisien. "
Toutes les enquêtes, y compris celle du Crédoc, montrent que les personnes interrogées se déclarent majoritairement solidaires à l'égard des plus démunis, insiste Julien Damon, sociologue : "Elles pensent, poursuit-il, que les difficultés de ceux-ci sont liées à des problèmes structurels, ce qui n'est pas le cas aux Etats-Unis ou dans certains Etats européens. Dans notre pays, le regard des personnes interrogées a, certes, un peu évolué, mais on constate quand même une forme de stabilité. "
" Les Français sont d'accord pour reconnaître le rôle du mérite dans la variation du revenu, mais dans des proportions raisonnables. Ils restent attachés au rôle de l'Etat social pour corriger ces inégalités ", renchérit Olivier Galland, chercheur au CNRS, qui mène une étude sur la perception des inégalités. " Il n'y a rien qui montre une crise de l'Etat-providence. Il s'agit juste de petits mouvements suraccentués par le Crédoc. A partir du moment où le camp conservateur et la gauche se mettent à entrer dans le discours médiatique sur le ras-le-bol fiscal, cela finit par avoir un impact, mais cela ne préjuge en rien des valeurs profondes", assure Louis Maurin, directeur de l'Observatoire des inégalités.

" L'ancien monde est mort "

Reste que l'envolée du chômage et l'enfermement dans la précarité de centaines de milliers de travailleurs ébranlent la confiance dans nos institutions sociales. " Le fossé se creuse entre ceux qui sont dans le système et qui pensent que ça n'arrive qu'aux autres, et ceux qui sont à la porte du système et qui n'arrivent pas à y rentrer. Or, ces derniers sont toujours plus nombreux ", s'inquiète Gilles de Labarre, président de SNC. Cette distanciation entre insiders et outsiders a un effet insidieux.
Tout se passe comme si une partie de la population était gagnée par une " fatigue de la compassion ", selon la formule de Julien Damon. "Notre Etat-providence, rappelle-t-il, a été créé non pas pour combattre la pauvreté, mais pour permettre à la population en emploi d'avoir une retraite, d'accéder au système de soins, etc. Il est performant pour les personnes qui ont des carrières professionnelles pleines, linéaires." Par ailleurs, " des études ont montré qu'il est plus difficile de soutenir et de faire admettre à l'opinion des politiques sociales généreuses dans les pays marqués par une grande diversité ethno-culturelle", estime-t-il.
Des dispositifs ont certes été mis en place au profit des plus démunis, "mais ils ne permettent pas de sortir de la pauvreté", souligne M. Damon. "Notre système est paradoxal, complète Gilles Ducassé, délégué général adjoint d'Emmaüs France. Il est à la fois généreux, mais pas assez ciblé sur ceux qui en ont le plus besoin. Et quand cela concerne ces derniers, ça ne marche pas ou mal." Exemple : le RSA-activité, qui est un échec. Ce dispositif, qui permet de cumuler un petit salaire et une allocation, est trop complexe pour ses bénéficiaires potentiels. Il n'a jamais rempli l'objectif de favoriser systématiquement la reprise d'un emploi. Du coup, conclut Julien Damon, " le contribuable se dit que ça coûte cher pour des résultats qui ne sont pas à la hauteur ".
Face à la dualisation du marché du travail, un sentiment d'impuissance, mêlé de désarroi, s'empare des syndicats. " Dans notre action au quotidien, c'est le boulot le plus difficile, convient Mohammed Oussedik, un des dirigeants de la CGT. Tu as une réalité que tu refuses parfois idéologiquement. Comment tu fais pour aider concrètement les gens concernés ?" D'autant que mobiliser les salariés sur ces sujets "est bien plus compliqué que sur les rémunérations, parce que c'est devenu naturel de voir qu'à côté de soi, il y a des intérimaires""Cela ne me fait pas plaisir, mais l'ancien monde est mort, confie Catherine Barbaroux, ex-haut fonctionnaire proche de Martine Aubry, aujourd'hui présidente de l'Association pour le droit à l'initiative économique (ADIE). Le contrat de travail n'a plus de sens, d'une certaine manière. Les gens qu'on aide à l'ADIE ne vont pas gagner beaucoup plus que dans l'assistanat, mais ils sont heureux parce qu'il y a d'autres choses en jeu, comme l'estime de soi."
Remettre en activité les chômeurs de longue durée à tout prix, est-ce la seule solution ? Pour atteindre cet objectif, il y a, en tout cas, un long chemin à parcourir. Bertrand, un autre chômeur en fin de droits épaulé par SNC à Vannes, se désole d'être suivi depuis deux ans à Pôle emploi, alors qu'il était auparavant inscrit au centre d'action sociale de la commune. " A chaque fois que j'y allais, ils avaient des offres très précises qui m'aidaient vraiment ", assure-t-il. Avec Pôle emploi, changement de décor : " Je n'ai quasiment aucun rendez-vous. Ma conseillère est débordée. "
"Les chômeurs sont dans le brouillard face à nos institutions. Tout est expliqué de façon trop rapide", regrette Jean Miniac, responsable de l'antenne vannaise de SNC. Bernadette Herviaux en sait quelque chose, elle qui contacte régulièrement Pôle emploi, la Caisse d'allocations familiales ou les assistantes sociales pour être sûre que "ses" chômeurs bénéficient bien de tout ce à quoi ils ont droit. "Comme j'étais fonctionnaire, je sais qu'il est toujours possible d'obtenir quelque chose, même quand on n'entre pas dans les cases. Mais il faut insister."
Connaître toutes les aides et prestations tient de l'excursion dans un épais maquis. Réclamer pour faire valoir ses droits reste souvent intimidant.

Bertrand Bissuel et Jean-Baptiste Chastand
© Le Monde

lundi 20 octobre 2014

Les nouvelles du week-end

Dans un entretien au Journal du dimanche, publié dimanche 19 octobre, la maire de Lille, Martine Aubry, demande au président, François Hollande, et au premier ministre, Manuel Valls, d'engager une « réorientation de la politique économique » dans un sens plus favorable à la croissance. Selon elle, le gouvernement doit « emprunter le bon chemin dans les deux ans qui viennent », faute de quoi la gauche va « échouer » en 2017.
AA : qu'est-ce qui pousse Martine, d'une part, à penser que François et Manuel vont obtempérer, et, d'autre part, à estimer qu'il y a encore une chance de sauver "la gauche" ?


Le synode des évêques sur la famille convoqué par le pape François a approuvé samedi 18 octobre un rapport final, « rééquilibré » pour tenir compte des réticences des participants les plus conservateurs. Dans ce rapport intitulé « relatio synodi », aucun accord n'a ainsi été dégagé sur les cas des divorcés et des homosexuels.

AA : et pourtant, la réintégration par l'Eglise des divorcés et des homosexuels devraient faire revenir plus de monde en son sein qu'elle n'en chassera, non ?


Manuel Valls a vivement critiqué dimanche 19 octobre, sans le nommer, le polémiste Eric Zemmour, déplorant notamment ses affirmations selon lesquelles le régime de Vichy aurait sauvé des juifs durant la seconde guerre mondiale.

AA : lepénisation et zemmourisation des esprits deviennent de plus en plus préoccupantes... Sans parler de la soralisation desdits esprits...

Les personnes déclarées coupables de « trolling » (harcèlement sur Internet) au Royaume-Uni, pourraient encourir des peines allant jusqu'à deux ans de prison, selon les propositions de loi du gouvernement britannique dévoilées dimanche 19 octobre. L'inquiétude grandit au Royaume-Uni face au fléau des trolls qui postent des messages haineux sur les réseaux sociaux et menacent fréquemment leurs cibles.
AA : au même titre que lepénisation, zemmourisation et soralisation des esprits français, la trollisation harcèle également notre société...

Une vingtaine de personnes ont été blessées, dimanche 19 octobre, à Hongkong au cours d'une intervention de la police visant à déloger les manifestants prodémocratie dans le quartier de Mongkok. Policiers et manifestants ont livré des versions divergentes sur les causes de ces heurts survenus dans ce quartier très densément peuplé.Selon un manifestant, les forces de l'ordre ont chargé lorsque quand des partisans du mouvement prodémocratie qui bloquaient une route de Mongkok ont ouvert leurs parapluies et les ont posés sur des barricades. 
AA : il y a fort à parier que le parapluie hongkongais va devenir très à la mode. Et pas seulement dans les manifestations...

Arbre de Noël ou sextoy ? L'œuvre monumentale de l'artiste américain Paul McCarthy, installée jeudi place Vendôme, à Paris, a continué à faire parler d'elle. Quelques jours après l'agression de son créateur, la structure gonflable intitulée « Tree » (« arbre »), aux allures de plug anal géant, a été dégonflée dans la nuit de vendredi à samedi par des inconnus. En réaction, l'artiste a renoncé à réinstaller son œuvre.
AA : très mauvaise pub pour les sextoys... De plus un sextoy vert, vous aviez déjà vu ça ?

Le Monde : La politique à bout de souffle (4/6)


17 octobre 2014

Partis en fumée


Endogamie, fonctionnement en vase clos, déficit de représentativité : les griefs s'amoncellent contre les partis de gouvernement. Certains empruntent déjà des chemins de traverse






Ecrire l'épitaphe de sa famille politique est dans l'air du temps. "  La gauche peut mourir  ", affirme Manuel Valls. "  L'UMP est morte  ", soutient de son côté Nathalie Kosciusko-Morizet. Nicolas Sarkozy, lui, s'efforce de ne pas citer le nom de sa formation, alors qu'il en brigue pourtant la présidence. C'est un fait : les partis de gouvernement sont totalement discrédités et massivement rejetés dans l'opinion. C'est l'institution vis-à-vis de laquelle les Français expriment le moins de confiance.
Sondage après sondage, l'image des appareils partisans se révèle désastreuse, tous bords confondus. Les trois quarts des Français (75%) ont une mauvaise opinion du PS et plus des deux tiers (67%) jugent sévèrement l'UMP, selon un sondage IFOP publié dans le Journal du dimanche du 31  août. Les chiffres sont sans appel : 62% des personnes interrogées pensent " plutôt" que les partis politiques ne sont pas " utiles", 82% qu'ils ne sont pas "adaptés à la situation actuelle du pays", et 85% qu'ils ne sont pas "proches des réalités quotidiennes des Français ".
Les partis politiques n'ont-ils plus rien à dire, et plus personne pour les écouter  ? C'est le constat qu'a fait Solférino sous le mandat d'Harlem Désir, en annulant le point presse hebdomadaire sur la situation nationale, faute de public… A l'UMP, les conventions thématiques ont été interrompues ces derniers mois.
Le décalage entre ces structures et la société française se ressent sur le terrain. Public de gens âgés, blancs, fonctionnaires… Il suffit de faire le tour des Fêtes de la rose du Parti socialiste pour se persuader que les clichés ont un fond de vérité.
La faiblesse des effectifs partisans constitue l'un des symptômes perceptibles de la crise des mouvements politiques. La France est l'un des pays d'Europe où le taux d'adhésion reste le plus faible. Il est évalué entre 1% et 2% du corps électoral. L'UMP revendique 268 341  militants à jour de cotisation, quand le PS est largement au-dessous de la barre des 200 000. Des chiffres invérifiables tant les partis entretiennent le flou sur la question. Seule certitude, ces effectifs restent très inférieurs à ceux des autres pays européens. En Allemagne, les partis de gouvernement – CDU et SPD – totalisent chacun près de 500 000 encartés. En Espagne, le Parti populaire en compte environ 600 000. " En France, nos partis sont des gros clubs, et non des organisations de masse", résume Pascal Perrineau, professeur à Sciences Po Paris.

" Un champ de ruines "

Les mouvements politiques français éprouvent de réelles difficultés à attirer de nouvelles têtes. Le comble du ridicule a été atteint début 2013, quand l'ancien président de l'UMP, Jean-François Copé, avait annoncé que son parti allait recruter des candidats aux élections municipales par " petites annonces ". Le PS, lui, a raté un virage historique en ne capitalisant pas sur le succès de la primaire, qui avait attiré environ 3 millions d'électeurs, en octobre  2011.
La manière dont les responsables politiques qualifient leurs propres partis ne contribue pas à les rendre plus séduisants. L'UMP après la guerre Copé-Fillonde 2012  ? " Malade ", selon Valérie Pécresse, " un champ de ruines ", d'après Henri Guaino. Côté PS, le premier secrétaire, Jean-Christophe Cambadélis, n'hésite pas à comparer son parti à Oblomov, le personnage éponyme du roman de Gontcharov, cloué au lit par sa paresse.
Cette défiance s'inscrit dans la tradition politique française. Contrairement à des pays comme l'Angleterre, où les partis politiques se sont structurés dès le XIXe  siècle, il faudra attendre 1901 et la loi sur les associations pour que les appareils partisans se développent en France. Un héritage de la Révolution qui avait mis au ban les corps intermédiaires. Perçues comme des relais de l'Ancien Régime, les corporations avaient été interdites par la loi Le Chapelier, en  1791.
Mais l'histoire ne suffit pas à expliquer l'ampleur du rejet dont souffrent les mouvements politiques. La grave crise de légitimité est avant tout due à un déficit de représentativité. "Un parti politique, c'est un corps intermédiaire qui permet de mieux articuler les revendications de la base avec l'appareil de la décision publique et les institutions élues ou exécutives. Or, les partis ne jouent plus du tout ce rôle", se désole Pascal Perrineau. L'impression d'endogamie agit comme un repoussoir. La grande majorité des Français ne se sentent pas en phase avec les représentants de ces formations, qui donnent l'impression de fonctionner en vase clos.
Et si le décalage entre la base et ses représentants était inscrit dans l'ADN des partis  ? Dès le début du XXe  siècle, alors que beaucoup pensaient que les partis ouvriers seraient représentés par leurs propres membres, le sociologue italien Roberto Michels a démontré qu'il n'en était rien dans son ouvrage Les Partis politiques. Essai sur les tendances oligarchiques des démocraties (Flammarion, 1914). En étudiant le Parti social-démocrate allemand, il a constaté que, si les dirigeants des partis ouvriers venaient bien d'un milieu populaire, ils menaient en fait une vie de petits-bourgeois, et non de prolétaires. Le parti leur avait fourni un"levier pour leur ascension sociale", écrit-il. Ce qui conduit Roberto Michels à dénoncer le système "oligarchique" et la confiscation du pouvoir par une petite élite.

Conservation du pouvoir

Autre symptôme de la crise  : le débat de fond et les réflexions approfondies ne semblent plus l'essence des partis, qui sont peu à peu devenus des coquilles vides. La rupture date de la crise idéologique des années 1980. Les formations françaises, à fort contenu doctrinal par rapport aux autres appareils partisans en Europe, ont alors perdu leurs repères. La chute du mur de Berlin en 1989 et l'éclatement de l'URSS deux ans plus tard ont fait imploser le système communiste et tous les référents marxistes qui participaient – parfois en négatif – de la structuration de l'ensemble des partis de gauche. Depuis la victoire de François Mitterrand, le PS est ainsi écartelé entre sa doctrine socialiste et sa pratique du pouvoir dans une économie de marché.
La droite est également déboussolée  : dans les années 1970, le gaullisme était une idéologie de référence. Puis, de Gaulle disparu, la droite est tombée d'abord dans le pragmatisme à la Chirac, puis dans le sarkozysme, qui est moins une idéologie qu'une stratégie de conquête et de conservation du pouvoir.
Cette perte de repères déconcerte les électeurs, qui sont de moins en moins nombreux à se reconnaître viscéralement comme "de droite " ou " de gauche ". "Cette évolution est sensible dans toute l'Europe, où le clivage gauche-droite est désormais concurrencé par le clivage nationaux-européens", explique l'historien Gérard Grunberg.
Pour sortir de ce marasme, plusieurs personnalités politiques ont proposé d'emprunter des chemins de traverse. Notamment en impliquant la société civile, les intellectuels et les acteurs locaux. C'est ce qu'ont tenté Ségolène Royal, avec sa démocratie participative, ou Daniel Cohn-Bendit, avec l'ovni politique que fut, à ses débuts, Europe Ecologie-Les Verts. " Si les partis veulent redevenir des lieux de réflexion et d'élaboration des projets, ils ne doivent plus organiser le débat de manière pyramidale mais horizontale, affirme Pascal Perrineau. Il faut qu'ils sortent de cette fonction où ils se vivent comme des arrière-gardes éclairées, qui se serviraient des militants comme de simples colleurs d'affiches." L'idée a fait florès et tout homme politique qui s'empare d'un parti promet d'en ouvrir les portes et les fenêtres… mais rarement les listes aux élections.
Un paradoxe demeure  : si les partis politiques semblent démonétisés, ils gardent toutefois une importance stratégique dans la conquête du pouvoir. En témoigne l'énergie déployée par Nicolas Sarkozy pour reprendre la tête de l'UMP et s'assurer ainsi un contrôle sur les financements, les investitures et les fichiers militants. La guerre Royal-Aubry au PS ou celle opposant Copé et Fillon à l'UMP avaient le même but  : mettre la main sur le parti pour en faire un tremplin vers l'Elysée.

Démocratie de l'opinion

Mais l'évolution de notre système démocratique a rendu quelque peu désuète cette stratégie. Dans son livre Principes du gouvernement représentatif (Calmann-Lévy, 1995), le politologue Bernard Manin constate que le passage de la " démocratie de partis " à " la démocratie du public" (ou d'opinion), dans les années 1970, a modifié la manière de voter des électeurs. Désormais, ils votent davantage en faveur d'une personne que d'un parti, et ne se déterminent plus "en fonction de caractéristiques sociales, économiques et culturelles ".
Dans cette démocratie de l'opinion, où médias, sociétés de communication et sondages assurent la médiation entre le peuple et ses représentants, les adhérents et le débat interne ne sont plus les priorités. Il convient de faire passer un message au plus grand nombre, en utilisant des techniques inspirées par la publicité, explique la politologue Florence Haegel, qui souligne "l'accroissement des budgets de communication et de marketing" à l'UMP.
Ces transformations ont favorisé l'émergence des primaires, comme nouveau processus de sélection des candidats à la présidentielle. De plus en plus de personnalités politiques bâtissent des stratégies dans lesquelles leurs formations ne jouent plus un rôle central.
A droite, Alain Juppé, François Fillon ou Xavier Bertrand privilégient des voies extérieures en créant des micropartis, avec lesquels ils recueillent des financements et préparent leur projet. A gauche, ni Manuel Valls ni Arnaud Montebourg n'ont construit de véritables réseaux au sein du PS, laissant à penser qu'après François Hollande, la bataille pour le leadership à gauche se déroulera plus dans l'opinion que dans les couloirs de Solférino.
Dans ce nouveau schéma politique, l'organisation de primaires est à la fois salvatrice pour les partis –leur conférant une raison d'être et un dynamisme nouveau– et le symbole de leur perte d'influence. Car, si le processus permet aux partis de s'ouvrir sur la société civile et de répondre à leur déficit de légitimité, ce mode de désignation a aussi pour effet de démonétiser les appareils partisans. Les adhérents sont dépossédés du choix de leur candidat à l'Elysée, et les prises de parole-clés ont lieu dans les médias.
En voulant résoudre la crise des partis, les primaires l'ont donc accentuée. Et ont modifié le profil des candidats sélectionnés. Bernard Manin identifie un travers inhérent à la démocratie de l'opinion  : "Ceux qui parviennent à se faire élire" sont désormais " des individus qui maîtrisent mieux que les autres les techniques de communication, ce que l'on appelle des “figures médiatiques". Cette " nouvelle élite de spécialistes de la communication prend la place des militants et des hommes d'appareil ", s'inquiète-t-il. Le plus souvent au détriment du débat de fond.

Nicolas Chapuis et Alexandre Lemarié
© Le Monde

dimanche 19 octobre 2014

Enfin !

Bon ! Cette fois-ci, c'est la bonne, je crois...
Pour arriver à retrouver un accès au blog, j'ai dû supprimer un article du Monde qui provoquait une sorte de bug... C'était pourtant le plus intéressant de l’intéressante série que je partage avec vous sur "La Politique à bout de souffle" intitulé "La fin du Président" (2/6). Je pense que c'est volontaire de la part du quotidien qui a souhaité le "protéger" (l'article, pas le président...) . J'essayerai dans les jours prochains d'en faire une synthèse...
En tous les cas, merci à ceux qui se sont inquiétés et m'ont fait part de leur étonnement de ne plus pouvoir lire les posts quotidiens...

Le Monde : La politique à bout de souffle (3/6)


16 octobre 2014

L'ivresse des cimes


 L'affaire Thévenoud n'est que le symptôme d'une maladie qui semble avoir gagné les bancs de l'Assemblée et des ministères : la perte de tout sens des réalités?



Sur le coup, cela a fait comme une petite déflagration. L'information se murmurait depuis la mi-journée avant d'être rendue publique en début de soirée, ce jeudi 4 septembre, à la stupéfaction générale. Le socialiste Thomas Thévenoud venait d'être débarqué de son poste de secrétaire d'Etat au commerce, neuf jours à peine après avoir été nommé par Manuel Valls. Lui, le si brillant et prometteur député de tout juste 40 ans, avait fait une spectaculaire sortie de route en pleine ascension  : voilà que l'on apprenait qu'il n'avait pas correctement payé ses impôts depuis trois ans. Ainsi que son loyer, son kiné, des factures EDF… L'effet de sidération s'est étiré sur plusieurs jours, avec une question lancinante: "  Comment cela est-il possible  ?  "
C'est précisément pour y répondre que Michèle Delaunay, ancienne ministre déléguée aux personnes âgées dans le gouvernement de Jean-Marc Ayrault redevenue simple députée de la Gironde début mai, a pris la plume. Publié sur son blog sous le titre " Le tunnel, ou comment faire carrière sans mettre un pied dans la vraie vie ", le texte, critique et lucide sur le personnel politique d'aujourd'hui, a rencontré un succès inattendu. Des milliers de visites, des reprises sur tous les sites d'information, des " partages " à la chaîne sur les réseaux sociaux…
Ce jour-là, les mots de Mme Delaunay ont visé juste, preuve qu'ils faisaient écho aux nombreuses enquêtes d'opinion qui révèlent une défiance sans précédent des citoyens envers les élites qui les gouvernent. Dans les quelque 150 commentaires du post de blog, beaucoup de" bravos", de " merci madame pour avoir le courage de dire cela "" Cela ", le récit de ces jeunes piqués du "virus " de la politique qui n'ont jamais, ou presque, connu autre chose que l'excitation de la vie publique, jusqu'à perdre totalement pied avec la vie concrète. Et parfois se heurter brutalement au mur de la réalité.
Elu député de Saône-et-Loire en  2012, Thomas Thévenoud, qui vit de la politique depuis ses 23 ans, n'avait pourtant rien de l'élu imperméable ou indifférent. Accessible, multipliant les rendez-vous dans sa permanence et les visites dans les entreprises, ce proche d'Arnaud Montebourg semblait à l'écoute, prompt à faire remonter tout nouveau problème apparaissant sur le terrain. Mais il observait de l'extérieur. "Toutes ces heures et ces jours où le réel est dur comme ciment et où il faut le coltiner sans échappatoire possible, ils n'en savent rien", écrit Michèle Delaunay.

Un autre monde

Cancérologue, cette fille de préfet a exercé plus de trente ans dans le milieu hospitalier avant de s'engager en politique en  2001, à 54 ans. "Je sais ce que veut dire faire un lit d'hôpital avec une personne dedans qui ne peut pas se lever. Ce n'est pas la même chose d'avoir l'expérience de la vie pratique, des emmerdes de tous les jours, des obligations. Il faut être au bureau – ou à l'usine – à heures fixes, il y a des contraintes très prégnantes dont tout le personnel politique n'a pas la mesure. Les politiques bossent, parfois beaucoup, mais pas avec les mêmes obligations, il reste une grande part de libre arbitre, de choix qui n'existent pas dans beaucoup de métiers ", assure-t-elle.
Alors quand Henri Guaino, ancien conseiller spécial de Nicolas Sarkozy, devenu député des Yvelines en  2012, explique à un journaliste de VSD, un jour de juillet  2013, qu'il est "  très mal payé  " avec ses 5  200  euros net mensuels, et "  travaille dans des conditions déplorables ", la remarque passe mal. Toujours cette impression de ne pas vivre dans le même monde, voire de ne pas être soumis au même régime.  Thomas Thévenoud a certes été rapidement rattrapé après ses irrégularités fiscales, mais qui peut rester trois ans dans un appartement du 5e arrondissement de Paris sans payer de loyer ni être inquiété par le propriétaire ou les huissiers de justice  ? Il y eut également le cas éloquent de Jean-Vincent Placé, épinglé par le Canard enchaîné, qui avait révélé, en décembre  2013, que le sénateur écologiste avait cumulé 18  000  euros d'amendes après une centaine d'infractions routières datant d'avant 2010.
A l'heure de la transparence de la vie publique, la plupart font amende honorable quand ils se font attraper, mais cela n'empêche pas ces profils d'élus hors sol de proliférer dans la sphère publique. Chercheur au CNRS et auteur de plusieurs études sur le personnel politique dans les gouvernements français et au Parlement européen, Sébastien Michon note un phénomène récent  : " L'arrivée d'une proportion importante de gens quasi exclusivement professionnels de la politique, qui n'ont jamais exercé d'autres métiers.  "
"Une majorité des membres de gouvernement sont passés avant par des fonctions de collaborateurs, d'assistants parlementaires, de chargés de mission, de membre de cabinet ", explique le chercheur, qui a analysé les profils de tous les ministres en exercice de 1986 à 2012. Résultat, "  sous le mandat de Nicolas Sarkozy, tous gouvernements confondus, 14 % des ministres en moyenne étaient des professionnels de la politique, une proportion qui monte à 27  % dans le gouvernement de Jean-Marc Ayrault ". Ils comptaient, avant l'ère Sarkozy, pour zéro à 5  % (sauf exception sous le gouvernement Juppé).

Profils à l'ancienne

Thomas Thévenoud en est l'exemple type  : assistant parlementaire à 23 ans, conseiller de Laurent Fabius, alors ministre de l'économie, à 26 ans, puis adjoint au maire, conseiller général, député et enfin, brièvement, secrétaire d'Etat. Les profils "  à l'ancienne  " se font de plus en plus rares, ceux qui peuvent se targuer d'avoir été "  berger, chauffeur poids lourd, puis vétérinaire pendant dix ans  ", comme le socialiste François Patriat (Côte-d'Or). Réélu sénateur à 71 ans après avoir exercé à peu près tous les mandats, il déplore la part grandissante d'apparatchiks dans la majorité, notamment chez les primo-élus apportés par la vague rose de 2012.
La politique est devenue un métier à part entière, avec ses voies de formation et ses filières de recrutement. "  Sur les vingt-cinq dernières années, un tiers des ministres sont passés par l'Ecole des sciences politiques de Paris et 18  % ont fait l'ENA  ", rappelle ainsi Sébastien Michon. "La politique est un métier de plus en plus codifié, avec des attentes sur la manière de faire, sur les prises de parole. Les fonctions ministérielles sont maintenant surtout des fonctions de communication, où il faut savoir faire parler de soi, pour exister dans les médias mais aussi pour sortir du lot dans le gouvernement." A défaut de grandes écoles, de nombreux députés PS sont issus d'organisations étudiantes comme l'UNE, qui forme tout aussi bien à cela.
A la différence d'il y a quelques années, l'argent ne semble plus être un moteur d'engagement en politique. Emmanuel Macron, par exemple, aurait bien mieux gagné sa vie en restant banquier d'affaires chez Rothschild plutôt que ministre de l'économie. A l'Assemblée, la socialiste Valérie Rabault (Tarn-et-Garonne) a choisi en  2012 de quitter son emploi chez BNP Paribas, rémunéré entre 108  000  et 490  000 euros annuels de 2009 à 2011, pour devenir députée à 50  000  euros par an, selon sa déclaration d'intérêts. Juliette Méadel, énarque, ex-avocate d'affaires et porte-parole du PS, affirme gagner, à 39 ans, en tant que rapporteure à la Cour des comptes, " à peu près autant que ce qu'elle gagnait il y a quinze ans en démarrant en cabinet d'avocats  ".
Si beaucoup d'énarques se désintéressent de la vie publique pour aller dans le privé, la politique continue d'attirer parce que "  ça bouge  ", estime le chercheur, parce qu'on est pris dans le tourbillon du microcosme, parce qu'on se sent important. "  Certains peuvent vite se laisser griser par cela, c'est excitant, ça va vite, le téléphone sonne tout le temps, on a une vie à cent à l'heure. Il y a des enjeux, une possibilité de faire carrière.  "
A l'Assemblée, le phénomène est plus diffus qu'au gouvernement, car moins concentré sur une quinzaine de postes. Sur les 577 députés, beaucoup ne cherchent ni la lumière ni l'excitation. Mais pour une poignée d'élus, potentiellement ministrables, le Palais-Bourbon tient le rôle de vivier  : il faut voir l'agitation qui saisit les lieux à chaque remaniement, les conjectures de toutes sortes qui se font sur les élus les plus prometteurs. Qui va partir, qui va revenir  ? Thierry Mandon, Matthias Fekl, Thomas Thévenoud : tous ces noms circulaient depuis des semaines dans les couloirs avant qu'ils ne soient nommés.

Diversification en trompe-l'œil

Le personnel politique se diversifie certes grâce à la part grandissante des femmes, même si leur nombre plafonne autour de 25  % chez les parlementaires comme chez les ministres (hors gouvernements paritaires de François Hollande). Surtout, la féminisation reste une diversification en trompe-l'œil. Dans une étude sur "  les facteurs sociaux des carrières politiques des femmes ministres", Sébastien Michon assure ainsi que " la féminisation du recrutement politique ne s'accompagne pas d'une transformation radicale ou même d'uneouverture de la composition sociale de l'exécutif  " et que ses effets "  ne perturbent ni ne remettent en question les modes de production et de reproduction des élites politiques ". Quelques exceptions demeurent toutefois car, selon Michèle Delaunay, " le gros avantage de la parité est d'avoir fait venir des femmes qui venaient d'ailleurs"" On est venu me chercher dans mon hôpital à cause de la parité, je ne sais pas si je me serais engagée en politique sinon  ", témoigne-t-elle.
Mais la "  diversité professionnelle  " qu'elle appelle de ses vœux se fait toujours attendre. Au Palais-Bourbon, seuls 2,6 % des élus en  2012 étaient ouvriers et employés, quand ces catégories représentent 50,2% de la population active. A l'inverse, les cadres et professions supérieures sont surreprésentés : 80  % des élus en sont issus, contre 16,7  % de la population. Sans parler des ingénieurs et des scientifiques, presque totalement absents du débat public. Des cas comme celui de Michel Pouzol, élu PS de l'Essonne et passé "du RMI à l'Assemblée " – comme il l'a raconté dans un livre (Député, pour que ça change, Cherche Midi, 2013) –, sont exceptionnels. En outre, pour les salariés du privé, il est pratiquement impossible de retrouver son emploi au même niveau après un mandat. La question du statut de l'élu devra être reposée, d'autant plus avec l'entrée en application du non-cumul en  2017.
En attendant, de cabinets en chargés de mission, des professionnels de la politique continuent de considérer l'Etat comme une entreprise et les mandats électifs comme des emplois. C'est en partie ce qui explique le refus de Thomas Thévenoud d'abandonner son poste de député. Après que son épouse, Sandra, considérée comme coresponsable des manquements fiscaux, a été licenciée de son poste de chef de cabinet de l'ancien président du Sénat Jean-Pierre Bel, la famille Thévenoud ne dispose plus que des revenus du député de Saône-et-Loire. Alors, quand la pression monte de toutes parts autour de lui pour qu'il démissionne, lui répond à ses interlocuteurs que la politique, c'est toute sa vie.

Hélène Bekmezian

samedi 18 octobre 2014

Désolé !

Il y a eu certains problèmes de connexion ce matin à ce blog.
Je pense que l'accès a été rétabli et je vous prie de bien vouloir excuser les désagréments qui ont pu être provoqués.

AA

Lu dans le Canard


- Des baffes pour Sarko

Après la présidence du Sénat, qu'a emportée par KO le filloniste Gérard Larcher contre Jean-Pierre Raffarin, celle du groupe, enlevée par Bruno Retailleau au détriment du sarkoziste Roger Karoutchi, c'est la questure qu'un autre proche de l'ancien président, Pierre Charon, a perdue.
Qui est le vainqueur ? Bernard Saugey, président d'honneur de la Fraternelle parlementaire : l'association des sénateurs francs-maçons. Ceci explique peut-être cela...
Les emmerdes volant en escadrilles, comme le disait Chirac, la présidence de l'Assemblée des Français de l'étranger (AFE) vient d'échoir au socialiste Marc Villard, élu le 6 octobre à la place de Ronan Le Gleut, un autre Sarko boy.
Sarkoziste, ç'a eu payé, au Palais du Luxembourg...

- Le FN régularise ses maires clandestins 

Combien de mairies le FN peut-il revendiquer aujourd'hui ? Officiellement 10, et 11 si on ajoute Béziers, dont le maire, Robert Ménard, a été élu avec l'aide du FN. Mais, à la faveur des élections sénatoriales et du congrès du FN prévu à Lyon, à la fin du mois de novembre, avec des places à prendre, on découvre que certaines communes rurales sont d'ores et déjà tombées dans l'escarcelle de Marine Le Pen. Les bons sondages ont également incité les frontistes honteux à sortir du bois.

Au maire de Brachay, en Haute-Marne  (AA : 58 habitants, plus haut score à la présidentielle  avec plus de 72%), qui l'a accueillie fin août pour son discours de rentrée, Marine, reconnaissante, a offert une carte du parti. A Villedieu-le-Château , dans le Loir-et-Cher (AA : 400 habitants), le maire de la ville (AA : Jean-Yves Narquin), a rejoint le Rassemblement Bleu Marine. (AA : voir ci-dessous, sa "drague" des chasseurs). A Tressandans, dans le Doubs (AA : 36 habitants), le maire (AA : Jacques Ricciardetti), a été tête de liste FN pour les sénatoriales. A Saint-Bonnet-du-Gard (AA: 780 habitants), la maire (AA :Sandrine Péridier) s'est, elle aussi, déclarée au moment des sénatoriales, où elle est arrivée deuxième, derrière le maire de Beaucaire, Julien Sanchez. Au Hamel , dans l'Oise (AA : 170 habitants), le maire (AA : Jean-Jacques Adoux)  a été suppléant de la candidate frontiste, Florence Italiani, lors de la partielle de 2013 (AA : législative), tandis qu'à Saint-Maurice, en Haute-Marne  (AA : 120 habitants), le maire (AA : Michel Perrin) n'a pas l'étiquette FN... tout en siégeant aux côtés des frontistes au conseil régional de Champagne-Ardenne.
LE fn ne gère donc pas 10 communes, mais 16. Et la moisson ne devrait pas s'arrêter là.

- Le FN à l'affût des chasseurs.

Le FN, persuadé de réaliser une belle percée aux régionales, s'est lancé à corps perdu dans la drague des chasseurs, convaincu de pouvoir capter leurs votes. Le tout nouveau délégué délégué général du RBM (Rassemblement Bleu Marine), Jean-Yves Narquin, frère de Roselyne Bachelot, a été nommé dans ce but.
Narquin, élu de Loir-et-Cher et proche des hommes à gibecière, a d'ores et déjà décroché son téléphone pour tenter de débaucher les cadres CPNT (Chasse, Pêche, Nature et Traditions) de Dordogne, de Vendée, de Normandie, de Loire-Atlantique, de Gironde, de Charente-Maritime. Le marché proposé est simple : une bonne place éligible sur la liste FN pour les cantonales en mars et une à deux places pour les régionales (AA : pan sur le bec du Canard qui a inversé places éligibles sur la liste des régionales et un à deux sièges pour les cantonales...) en échange d'un ralliement sous étiquette FN ou RBM, au choix.
Mais que va en penser Brigitte Bardot, grande amie des bêtes et admiratrice des Le Pen, fille et père ?